Un peu de psychologie différentielle…

Les jours précédant un examen important pour soi mais que l’on n’a pas encore commencé à réviser pour des raisons pouvant être diverses et variées comme l’absence d’anticipation, une motivation relative, la maladie, … peuvent être particulièrement chargés en émotions et notamment en stress et anxiété.

Mais comme nous allons le voir, non seulement les émotions générées ne sont pas forcément les mêmes pour chaque individu mais leur niveau, leur charge, peut également fortement varier selon la personnalité de chacun.

En effet, si l’on considère l’approche par traits de la personnalité la plus usitée et reconnue aujourd’hui qu’est le Big Five, cette situation ne pourrait pas concerner une personnalité à dominante consciencieuse puisque les caractéristiques principales de ce facteur sont notamment l’organisation, la méticulosité, la détermination, la prévoyance… tant de qualités (ou de défauts… !) laissant présager que les révisions seraient bel et bien achevées et parachevées avant la date fatidique.

Mais qu’en est-il des autres types de personnalité ?

Prenons l’exemple d’une personne présentant un haut niveau de névrotisme combiné à un haut niveau d’ouverture. On peut imaginer que le fait de n’avoir pas travaillé suffisamment à l’avance suffise à augmenter le sentiment de culpabilité caractérisant déjà un haut niveau de névrosisme. On peut supposer en parallèle, l’augmentation corrélative de l’anxiété et de la tension avec de fortes probabilités de développer des douleurs psychosomatiques et des insomnies mais aussi des difficultés à gérer les émotions et le stress de façon efficaces, ce qui se traduirait par une accentuation des recours à des stratégies néfastes et de compulsions (prise excessive de tabac ou d’alcool, boulimie ou workaholisme).

Le faible sentiment d’auto-efficacité, déjà présent et aggravé par ce sentiment de culpabilité, va accroître le manque de confiance en soi et créer encore davantage de stress.  Ce stress pourra encore augmenter dans des situations de changement de dernière minute (changement de salle d’examen par exemple) en raison de le faible capacité d’adaptation des personnalités à fort névrosisme. Mais une fois installé et concentré sur sa copie, il y a de fortes probabilités pour que notre sujet apprécie d’effectuer le travail, et ce, d’autant plus que ce travail sollicitera la réflexion et la créativité qu’il doit à son fort degré d’ouverture.

On pourra également constater une hausse de l’anxiété sociale impliquant repli sur soi et des difficultés d’ordre relationnel liées à une humeur plus maussade, irritable voire colérique et à une tendance à provoquer des conflits. Aussi, malgré un haut niveau d’ouverture facilitant les relations sociales, on peut supposer que, particulièrement pendant cette période, la prise de contact et l’opportunité de travail en groupe seraient limitées. Et, à supposer qu’il y ait malgré tout révisions de groupe – peut-être à l’initiative d’une autre personne -, il y a fort à parier que les relations sociales ne se passeraient pas suffisamment bien pour que notre sujet persévère dans ce mode de révision. Ceci est relativement dommage car une influence positive d’autrui pourrait aider à l’adoption de stratégies de régulation émotionnelle plus efficaces.

Par ailleurs, la personne présentant un haut niveau de névrosisme tendra à considérer cet examen comme un risque d’échec et non comme un défi. Cette vision pessimiste contribuera à augmenter le stress malgré un plaisir certain généré par la découverte et l’apprentissage.

Enfin, on peut supposer que ses bonnes aptitudes intellectuelles, notamment l’intelligence cristallisée, sa créativité et ses capacités d’adaptation, ainsi que sa motivation à apprendre, caractéristiques d’un bon degré d’ouverture, le font tendre vers de bons résultats, et ce, d’autant plus que sa créativité et ses capacités d’adaptation, lui permettront peut-être de développer des stratégies de révision rapides et efficaces. Ceci est toutefois à nuancer car haut niveau de névrosisme rime généralement avec ruminations et pensées négatives risquant de saturer les capacités cognitives et ainsi d’altérer les capacités de mémorisation et de concentration.

Et qu’en est-il pour une personne qui présenterait des bas niveaux de névrosisme et d’ouverture ?
Les hypothèses pouvant être dégagées sont-elles à l’exact opposé ?
En réalité, si des différences notoires peuvent être évidemment anticipées, on ne peut pas réellement parler d’opposition mais plutôt d’une alchimie différente.  

Une personne présentant un score d’ouverture faible a, pour commencer, moins de chances de se retrouver en situation de passer un examen de manière volontaire et choisie. En effet, son manque d’intérêt à la découverte et à l’apprentissage de choses nouvelles – préalables indispensables aux situations d’examens – nous impose de partir du postulat qu’il est question d’un examen, certes important, mais obligatoire (baccalauréat par exemple). Plus le score d’ouverture sera bas, moins la préparation sera poussée et investie et plus elle sera vécue dans l’inconfort, de même que le passage de l’examen. Les résultats s’en ressentiront, d’autant qu’en cas de très faible ouverture, on note un risque de difficultés d’adaptation aux situations demandant de la réflexion et de l’inventivité. La réussite dépendra donc du degré d’ouverture ainsi que des autres traits de personnalité qui pourront atténuer ou accentuer ces tendances.

Notamment un bas niveau de névrosisme et donc une bonne stabilité émotionnelle pourrait légèrement atténuer ces traits en raison d’un regard assez positif sur la vie et d’aptitudes intellectuelles générales doublées d’une certaine motivation à apprendre. De même, l’inconfort lié à la préparation et au passage sera adouci par le flegmatisme avec lequel les personnes faisant montre d’une bonne stabilité émotionnelle appréhendent les situations nouvelles.

Chaque personnalité est ainsi unique et est composée de différents traits de personnalité selon des degrés variables.

Et vous ? Comment réagiriez-vous dans cette situation ?

La place du refoulement dans la pensée freudienne

à partir du texte : Freud S. (1915), « Le refoulement », in Métapsychologie, trad. Laplanche J. & Pontalis J.-B, Gallimard, 1968.

« Avec le refoulement s’inaugure la découverte de l’inconscient ; il va en constituer le pivot, comme il sera le moteur de la plupart des remaniements qui lui seront apportés. A la différence de ce qu’il en fut pour certaines autres notions psychanalytiques, le terme ne provient ni de la biologie, ni de la physique, ni de quelque autre discipline scientifique ; il est fort simplement emprunté au langage courant. » CLAUDE LE GUEN in Comment Freud élabora le concept du refoulement, Que sais-je ? Editions Presses Universitaires de France, 1997

Après la Communication Préliminaire, ouvrage dans lequel Freud fait apparaître pour la première fois le terme de refoulement, il le définira comme « Un stade préliminaire de la condamnation, un moyen terme entre la fuite et la condamnation, tel est le refoulement » en introduction de son article « Le Refoulement » extrait de l’ouvrage Métapsychologie.

Selon les traducteurs J. Laplanche et J.-B Pontalis, cet ouvrage compile une série d’articles écrits par Freud en 1915 pour « clarifier et approfondir les hypothèses théoriques sur lesquelles un système psychanalytique pourrait être fondé » – Complément métapsychologique à la théorie du rêve. Il y aurait eu au total douze articles mais seuls cinq ont été retrouvés et ont pu être publiés. En effet, les manuscrits n’ont jamais été publiés par Freud et aucun manuscrit n’a même été retrouvé. Selon Ernest Jones, son biographe, il est vraisemblable que ces écrits, ayant été mis de côté en attendant la fin de la Première Guerre Mondiale, se soient vus finalement dépassés par l’évolution de la pensée freudienne avant même qu’ils ne soient publiés. Freud auraient alors détruit ces manuscrits.

            Pourtant ces articles sont d’une aide précieuse, car, si l’on veut bien saisir la pensée Freudienne, en retracer l’évolution est d’une importance capitale. En effet, si la notion d’inconscient semble remonter à l’Antiquité et ne consisterait ainsi en une notion freudienne que par la définition particulière et précise que son auteur lui a attachée, la notion de refoulement, quant à elle, constitue une réelle nouveauté. « Le concept, quant à lui, est bel et bien une invention ; en l’introduisant, Freud décrit un mécanisme jusque-là inconnu ; de plus, il sera lui-même l’occasion, la condition et l’inspiration d’autres découvertes. » CLAUDE LE GUEN in Comment Freud élabora le concept du refoulement, Que sais-je ? Editions Presses Universitaires de France, 1997. On saisit dès lors l’importance particulière que revêt l’étude approfondie du refoulement tel que l’a conceptualisé son auteur.

            Dans cet article, Freud s’applique à décrire le refoulement, à en rappeler les hypothèses fondamentales avant de s’attacher à la compréhension des processus liés au refoulement. Ce faisant, il s’interroge sur le caractère singulier ou pluriel du refoulement. Peut-on en effet conceptualiser le refoulement comme un mécanisme singulier ou le refoulement est-il le fruit d’une multitude de mécanismes ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient tout d’abord de poser les bases de ces interrogations, tel que Freud l’a fait dans l’article Le Refoulement (I) avant de nous attacher à l’étude des éventuelles réponses apportées par Freud à ce questionnement en interrogeant l’évolution de la notion de refoulement dans la pensée freudienne (II)

                        I. Le refoulement, un tout singulier à conjuguer au pluriel :

Dans la première partie de cet article, Freud décrit le refoulement comme un tout (A) avant de le décomposer sur la base des conséquences qu’il engendre (B)

            A. Le refoulement, un tout singulier

Freud commence donc par décrire le refoulement et en rappeler les hypothèses fondamentales.

L’existence du refoulement, tout comme celle de l’inconscient, ne peut pas être prouvée. Toutefois, Freud pose les bases de la possibilité d’un refoulement en interrogeant sur le destin d’une pulsion qui, désireuse de s’exprimer en vue de satisfaire le principe de plaisir, se heurterait à la censure, créant ainsi un conflit interne désagréable.

La fuite de cette pulsion ou de cette censure est impossible car il s’agit d’un élément interne au sujet : on ne peut fuir que ce qui est extérieur à soi. Le conflit n’est donc pas résolvable sans sacrifier l’une ou l’autre, sans en condamner une au profit de l’autre. Or, c’est le Moi, responsable de la censure, qui condamne et qui donc va condamner la pulsion. Or, la non-satisfaction de la pulsion procure du déplaisir, une frustration qui n’aura de cesse de chercher à se satisfaire à la première occasion. En d’autres termes, elle ne se laisse pas condamner sans rien faire. Ainsi donc, pour que cette pulsion puisse être refoulée et que le conflit interne puisse être (temporairement) réglé et l’appareil psychique soulagé de cette tension, il faut que le motif du déplaisir acquière une puissance supérieure à celle du plaisir de la satisfaction de la pulsion. Mais lorsque la censure s’abaisse, comme dans l’état de sommeil par exemple, la pulsion peut revenir s’exprimer librement. Ceci à la condition qu’elle se soit déguisée proportionnellement à la quantité d’énergie qu’elle renferme afin de ne pas être reconnue par les barrières de la censure : c’est le retour du refoulé. On voit bien ici l’importance du facteur quantitatif de l’énergie psychique de la pulsion refoulée : plus elle est chargée en énergie, plus elle va devoir se maquiller pour faire retour.

            Cette précision nous amène à la question des caractéristiques du refoulement : la mobilité et l’individualité. En effet, la quantité d’énergie psychique véhiculée par une motion pulsionnelle refoulée, si elle est permanente, est surtout pour ce qui nous intéresse ici, variable. Or, cette variation entraîne une mobilité de cette pulsion dans l’appareil psychique, passant ainsi du plus profond de l’inconscient au plus près de la conscience et lui permettant alors parfois de s’exprimer, plus ou moins déguisée selon les besoins liés à l’énergie qu’elle véhicule, dans les rêves, les symptômes et actes manqués. Plus la motion pulsionnelle contient de l’énergie, plus elle est inconsciente et plus elle aura besoin de se grimer pour passer les barrières de la censure ; moins elle contient d’énergie, plus elle est proche de la conscience, moins elle aura de mal à s’exprimer, moins elle aura besoin d’user du déplacement pour y parvenir et plus elle sera accessible à l’analyse.

            Freud précise que « l’expérience psychanalytique des névroses de transfert nous force même à conclure que le refoulement n’est pas un mécanisme de défense présent à l’origine, qu’il ne peut s’instituer avant qu’une séparation marquée entre les activités psychiques consciente et inconsciente se soit produite […] ». Il y aurait donc deux phases. Un refoulement originaire produirait une fixation, qui, de par ses propriétés attractives, ouvrirait la voie aux refoulements ultérieurs des « rejetons psychiques de représentant refoulé » originairement. On voit ici, le début de la décomposition de refoulement perçu comme un tout.

« Jusqu’à présent, nous avons traité du refoulement d’un représentant pulsionnel, en comprenant par cette dernière expression, une représentation ou un groupe de représentations investies d’un quantium déterminé d’énergie psychique (libido, intérêt) (I).  L’observation clinique nous oblige maintenant à décomposer ce que nous avons conçu jusqu’alors comme un tout ; elle nous montre, en effet, qu’il faut considérer, à côté de la représentation, quelque chose d’autre qui représente la pulsion et que ce quelque chose d’autre subit un destin de refoulement qui peut être tout à fait différent de celui de la représentation (II). » Freud Le Refoulement

            B. Le refoulement, plusieurs tout ou plusieurs « tus »

Dans cette deuxième partie, Freud interroge sur l’unité du refoulement et sur la nécessité de le décomposer.

Il met tout d’abord en avant la divergence des destins, suite au refoulement, de la représentation pulsionnelle et de l’énergie pulsionnelle qui lui est attachée.

Le destin de la représentation pulsionnelle n’a que peu d’importance car la nuance est minime : il s’agit soit de faire disparaître de la conscience ce qui y est entré, soit de ne pas laisser entrer ce qui ne doit pas y entrer. L’endroit où est envoyé ou renvoyé l’indésirable n’a que peu d’importance.

Le destin du quantium d’affect, par contre, est plus important car décide du jugement que nous portons sur le processus de refoulement. Il peut être triple : soit la pulsion est totalement réprimée, soit elle se manifeste sous forme d’affect, soit elle se transforme en angoisse signant alors l’échec du refoulement. Deux choses ici sont nouvelles : « la transformation des énergies psychiques en affects » et la mise en évidence de l’échec du refoulement qui n’a pas réussi à empêcher la naissance de déplaisir ou d’angoisse (preuve que le compromis entre principe de réalité et principe de plaisir n’était pas le meilleur !)

            Freud s’interroge ensuite sur l’existence de différents mécanismes de refoulement, notamment suivant la nature des symptômes formés. Il en résulte que « ce n’est pas le refoulement lui-même qui produit des formations de substituts et des symptômes », ils sont soumis à d’autres processus. Il pose ainsi les hypothèses suivantes : « l) le mécanisme du refoulement, en fait, ne coïncide pas avec le ou les mécanismes de la formation de substitut, 2) il y a des mécanismes de formation de substitut très différents les uns des autres, et, 3) il y a au moins une chose commune aux mécanismes du refoulement, le retrait de l’investissement d’énergie (ou de libido, s’il s’agit de pulsions sexuelles) ».

Il illustre ces hypothèses à l’aide des trois psychonévroses les plus connues à l’époque : l’hystérie d’angoisse, l’hystérie de conversion et la névrose obsessionnelle. L’hystérie d’angoisse serait le résultat d’un refoulement manqué en ce qu’il a juste éliminé la représentation en lui substituant autre chose mais sans supprimer le déplaisir, ce qui conduit à la fuite, aux évitements des situations susceptibles d’aboutir à la libération de l’angoisse. L’hystérie de conversion illustre la capacité du refoulement à faire disparaître totalement le quantum d’affect car l’hystérique ne perçoit pas ou peu de sensations pénibles mais uniquement des symptômes avec une innervation très forte, témoignant du pouvoir d’attraction de la représentation originairement refoulée. La névrose obsessionnelle serait le résultat du refoulement d’une tendance hostile envers une personne aimée qui au départ ne produit aucun symptôme mais qui plus tard se traduit par une altération du moi et une augmentation de la scrupulosité. Cette névrose montre que formation du substitut et formation du symptôme sont deux choses totalement différentes, tant conceptuellement que chronologiquement.

« La série limitée des termes ici comparés (I) nous convainc que des recherches encore plus vastes sont nécessaires avant qu’on puisse y voir tout à fait clair dans les processus liés au refoulement et à la formation de symptôme névrotique ». La fin de l’article Le Refoulement présage des travaux futurs et enjoint à replacer la notion de refoulement dans le contexte de son évolution théorique (II).

                        II. Le refoulement, une notion à conjuguer dans le temps :

Cet article a été écrit en 1915, alors que Freud construisait la théorie de l’appareil psychique. Avant cela, il avait dégagé les idées de « volonté d’oublier » et de « motivation inconsciente » qui, avec les découvertes de la sexualité infantile et du complexe d’Œdipe, ont permis d’ériger le refoulement au statut de moteur du fonctionnement psychique (A). Par la suite, avec l’élaboration du dualisme pulsionnel, le refoulement, bien que demeurant un processus à part, devra partager sa place avec d’autres mécanismes de défense (B).

            A. Le temps de la construction : la naissance de la théorie de l’appareil psychique :

De par son expérience dans la pratique de l’hypnose, Freud pu constater que des souvenirs enfouis remontaient à la surface et que leur évocation avait un pouvoir de guérison. A force de recherche, il finit par saisir ce mécanisme consistant à enfouir ou repousser une idée désagréable : ainsi naquit le sens particulier du mot refoulement et avec lui la psychanalyse.  Dès lors, Freud s’interrogea sur la destinée de ce qui était ainsi « oublié ». En effet, si ce qui est oublié est capable de ressurgir sous hypnose, c’est bien qu’il doit être « stocké » quelque part… Il envisagea donc que le psychisme put être séparé en deux parties : une partie majoritaire contenant les informations à disposition et une partie minoritaire qui contiendrait ces souvenirs oubliés. Le symptôme à soigner est donc une façon de se souvenir à la place du souvenir. Freud observa que ces souvenirs oubliés étaient tous de nature sexuelle. Ce qui fit scandale dans la dernière décennie du 19ème siècle…

Freud pensait à cette époque que le refoulement était intentionnel et qu’un sens était attaché à la résistance à se souvenir. Il déplaça alors ses efforts sur ces désirs sexuels refoulés, les raisons de leur dissimulation et de leur maintien hors de la mémoire. C’est ainsi qu’il cessa de forcer les patients à se souvenir pour élaborer sa technique des associations libres. De cette technique d’association libre naîtront les notions de résistance et de transfert qui seront plus tard reconnus comme une production du refoulement et comme un outil permettant d’accéder indirectement aux représentations refoulées.

De là naît la notion d’inconscient au sens psychanalytique du terme. Reprise aux philosophes, cette notion a ici de différent qu’elle est indéfectiblement liée au refoulement. A cet instant, les bases de la psychanalyse, ses concepts et ses problématiques, sont jetées.

            Dans sa pratique clinique, Freud s’aperçoit que le refoulé à l’origine des symptômes n’est pas toujours un souvenir réel mais parfois imaginé, fantasmé… De là naissent la théorie sur la sexualité infantile et le complexe d’Œdipe. Le symptôme devient un compromis entre le désir (refoulé) et l’interdit (l’inceste). Si ces souvenirs ne sont pas réels mais fantasmés et qu’ils se retrouvent chez un grand nombre de patients, existent peut-être ce que Freud appellera les fantasmes originaires, partagés par tout un chacun. Dès lors, le refoulement serait inéluctable pour tout être humain. Mais se posent alors les questions suivantes : le refoulement est-il toujours le même, pour toutes les représentations et pour tout le monde ?

            B. Le temps de la réévaluation : la réélaboration de la métapsychologie :

            Le refoulement, comme le retour du refoulé, pourrait être différencié en fonction de la pathologie névrotique.

Dans Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux rats) (1909), in Cinq psychanalyses, Freud affirme que « Le mécanisme du retour ne dépend pas de celui du refoulement… J’avais supposé, à tort, que le mécanisme était le même […]. Le mécanisme du retour dépend du développement du moi, et celui du refoulement de la phase libidinale ». Cette explication sera reprise dans Le Président Schreber en 1911 puis dans Métapsychologie dans l’article Le Refoulement qui nous intéresse ici. Deux mécanismes différents sont ainsi à l’œuvre, un pour le refoulement et un pour les formations. Le retour du refoulé n’emprunte pas les mêmes voies que le refoulement. « Il devient nécessaire de distinguer différentes phases dans le processus de refoulement : fixation, refoulement proprement dit, et enfin retour du refoulé qui se produit au point de fixation lui-même ; le problème réside, précisément, dans l’articulation du refoulement et du retour du refoulé, comme de leurs différences. Insistons là-dessus, le refoulement a une genèse et il est orienté, le refoulé ne revenant pas selon les voies prises par le refoulement. » Claude Le Guen dans Le Refoulement (1997).

            En parallèle, les analyses des névrosés de guerre font apparaître la compulsion de répétition et avec cette découverte naîtra la pulsion de mort, s’intégrant dans un système pulsionnel désormais duel dont conceptualisation sera offerte au public en 1920 avec l’ouvrage Au-delà du principe du plaisir.  Les pulsions de mort tendent à un niveau de tension zéro de l’appareil psychique, comme un retour à l’inanimé, au non-vivant et poussent à la répétition pour atténuer les tensions. Elles ne peuvent s’exprimer qu’intriquées à une pulsion de vie comme dans le sadisme et le masochisme, ou lorsqu’elles retournent contre le Moi (dépression) et lorsqu’elles s’expriment contre l’extérieur comme dans la paranoïa.

En conséquence de ce nouveau dualisme pulsionnel, Freud élabore la seconde topique de l’appareil psychique composée du Moi, du Ça et du Surmoi qui se superpose à la première (inconscient, préconscient, conscient). Une partie du Moi étant inconsciente, cette nouvelle topique apporte une nouvelle lecture et une nouvelle compréhension au processus de refoulement.

On saisit bien dès lors que le refoulement, loin d’être une notion simpliste telle qu’elle est aujourd’hui communément utilisée par le « psychologue naïf » qui se cache en tout être humain cherchant à donner un sens à son environnement, est une notion complexe qui a subi de nombreuses évolutions dans la pensée freudienne. Ce concept capital a été déterminant dans l’élaboration de la théorie psychanalytique, permettant de mettre en exergue et d’expliciter bon nombre d’autres concepts et notamment celui de l’inconscient, hérité de la philosophie antique.

Comment Freud élabora le concept du refoulement ?

  • Ce texte est issu de Le Refoulement de Claude Le Guen

Nous pouvons le dire sans l’ombre d’une hésitation : avec le refoulement s’inaugure la découverte de l’inconscient ; il va en constituer le pivot, comme il sera le moteur de la plupart des remaniements qui lui seront apportés. A la différence de ce qu’il en fut pour certaines autres notions psychanalytiques, le terme ne provient ni de la biologie, ni de la physique, ni de quelque autre discipline scientifique ; il est fort simplement emprunté au langage courant.

Le concept, quant à lui, est bel et bien une invention ; en l’introduisant, Freud décrit un mécanisme jusque-là inconnu ; de plus, il sera lui-même l’occasion, la condition et l’inspiration d’autres découvertes. Il va opérer comme un cadre pour la réflexion, comme un instrument de connaissance ; à l’occasion, il fonctionnera comme une équation nécessaire. Pour en traiter, l’emploi de son substantif est certes plus commode ; pour autant, cela ne présuppose en rien la référence à une « substance », voire à une « chose ». Disons qu’il s’agit d’une mise en forme — et à l’occasion en formule — de certains processus psychologiques.

Il va nous falloir rendre compte de ce concept dans les divers mouvements de son évolution, en évitant l’exposé chronologique qui rend mal compte des lignes de pensées et de leurs éventuelles contradictions. Nous chercherons à focaliser notre attention sur les observations et les déductions qui menèrent à sa reconnaissance et à sa désignation, à l’établissement de ses rapports et des processus qui l’organisent et qu’il organise.

Quatre phases principales apparaissent dans le développement de l’idée :

  • jusqu’en 1895 : Freud, partant de ce qu’il appelle la « volonté d’oublier », aboutit à la « motivation inconsciente » ;
  • de 1895 à 1910 : avec les découvertes de la sexualité infantile et du complexe d’Œdipe, le refoulement devient le moteur du fonctionnement psychique « ordinaire » ;
  • de 1911 à 1919 : la nécessité de construire une théorie de l’appareil psychique et de l’ancrer dans l’histoire individuelle conduit au « refoulement originaire » et à la « métapsychologie » ;
  • de 1920 à 1939 : les problèmes, tels que les posent les difficultés rencontrées dans certaines élaborations théoriques du refoulement et dans la pratique de la cure, conduisent à la nouvelle dualité pulsionnelle et à une réélaboration de la métapsychologie (le plus généralement repérée par sa nouvelle « topique ») : le refoulement devient alors un « mécanisme de défense » parmi d’autres, tout en demeurant un « processus à part » ; il ne perd en rien sa place et sa fonction centrale dans la praxis psychanalytique.

I. De l’oubli au refoulement

« J’étais plutôt mû — disait Freud — par une sorte de soif de savoir, mais qui portait plus sur ce qui touche les relations humaines que sur les projets propres aux sciences naturelles, soif de savoir qui n’avait d’ailleurs pas encore reconnu la valeur de l’observation comme moyen principal de se satisfaire. » [2][2]Ma vie et la psychanalyse (1925), Gallimard, « Idées », 1968,… En ce temps, l’hystérie apparaissait comme l’« affection psychique » la plus commune, mais aussi la plus difficilement compréhensible. Pratiquant l’hypnose avec Breuer, il s’aperçut que les sujets évoquaient et revivaient des souvenirs qu’ils avaient totalement oubliés à l’état de veille ; de surcroît, il observa que le surgissement de ces souvenirs faisait disparaître les symptômes… Il en conclut que l’oubli était actif et pathogène et que la guérison devait provenir du rappel et de l’« abréaction » des souvenirs traumatiques ; l’absence d’abréaction devenait alors responsable des productions pathologiques.

Cherchant les causes du phénomène, il isola la « nature du souvenir », la « situation sociale » ou, last but not least, l’intention du sujet de chasser, de repousser, de refouler l’idée désagréable. Le refoulement donc — ce terme que lui proposait le langage courant — devait bientôt connaître un exceptionnel destin : non seulement il allait faire retour à la langue populaire en déviant son sens, mais il allait devenir, comme on le sait, l’un des « quatre concepts majeurs » de la nouvelle discipline. La psychanalyse venait de naître au travers de l’idée portée par ce mot « évident » pour qualifier un processus apparaissant comme le plus inexplicable.

Si l’intention prêtée au « malade » était bien d’oublier, les conséquences de cet oubli se trouvaient largement dépasser son projet ; il devenait légitime d’envisager que ce qui était oublié ne disparaissait pas pour autant mais constituait un « second groupe psychique » séparé du « groupe majoritaire » des représentations. Le psychisme se trouve dès lors dissocié, l’idée désagréable étant reléguée « ailleurs », bloquant ainsi toute décharge de l’émotion pénible qui s’y trouve associée. Tout se passe comme si le symptôme apparaissait à la place du souvenir ; comme si le symptôme était, en et par lui-même, une manière de se remémorer : « L’hystérique souffre de réminiscence. »

Mais Freud remarque en outre que ce mauvais souvenir oublié se trouve être toujours de nature sexuelle. Nous sommes alors dans la dernière décennie du XIXe siècle et, à partir de constatations médicales tellement banales, aboutir à des conclusions aussi extraordinaires, ne peut être qu’extrêmement choquant — et peut-être plus encore par la démarche intellectuelle mise en œuvre que pour des considérations morales. Comment Freud, ce chercheur rompu à la rigueur des sciences expérimentales et à la pratique austère des laboratoires de biologies, avait-il pu en arriver là ?

Il était donc familier des expérimentations de laboratoires subtiles, ingénieuses et minutieuses. Sa culture personnelle comme son insertion dans une tradition philosophique lui avaient donné la « passion de la vérité ». Enfin, une pratique clinique de circonstances vint lui imposer l’objet de sa quête et lui en proposer les moyens.

En ce temps se querellaient fort les partisans d’une nature constitutionnelle de la sexualité avec ceux qui penchaient pour son caractère acquis. Freud sut dépasser cette alternative en opposant et en liant la prédisposition (qui reprend autrement l’idée de constitution) à une part acquise (associée à un aspect spécifique de la sexualité qu’il devait découvrir) ; la question demeurait pourtant de savoir comment fonctionnait ce rapport : le refoulement allait fournir une réponse. Freud fut toujours animé par un désir de comprendre, mû par un besoin d’agir, de « faire quelque chose » [3][3]Cf. E. Jones , La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, t. I, puf,…. L’hypnose, qu’il pratiquait avec Breuer, leur avait livré l’une des clés du mystère de l’hystérie.

Le constat de la reviviscence des souvenirs sous hypnose lui permit d’envisager qu’une représentation refoulée puisse conserver une trace de ce qui avait été oublié ; puis il forma l’hypothèse qu’un sens propre pouvait être attaché à la résistance au souvenir, ce corrélat à un refoulement encore considéré comme intentionnel. Tout ceci le conduisit à cesser d’obliger ses patients à se souvenir. Il put ainsi émettre l’hypothèse, dès 1888, que la suggestion n’est pas tout à fait une influence, que son efficience tient à ce qu’une idée est acceptée par le sujet comme si elle était sienne ; c’était dire que toute suggestion est autosuggestion. L’intérêt se déplace alors sur ces désirs cachés et surtout sur les raisons de leur dissimulation, sur la résistance à leur remémoration. Par aménagements successifs de sa technique, Freud en arrive à proposer au patient de dire simplement ce qui lui vient à l’esprit.

Les notions de résistance et de transfert apparaissent donc très tôt. Mais la véritable découverte ne réside pas tellement dans leur prise en considération en eux-mêmes, que dans leur reconnaissance comme production du refoulement ; elle est aussi dans la méthode qui en découle : de ce qui se pose comme obstacle, faire un nouveau moyen de connaissance. Ainsi, l’hypnose s’avérant inefficace, elle est remplacée par la talking cure (comme disait justement Anna O.) : les souvenirs n’ont plus à être retrouvés directement, ils le seront indirectement, au travers d’une résistance qui fournit l’accès au refoulement. Pour en arriver là, encore fallait-il se sentir assuré de la validité de ce qui revenait à la conscience ; il devenait indispensable de postuler que ce qui était fixé dans la mémoire y demeurait inchangeable (l’image d’une « inscription » paraissait même s’imposer). De même, il s’avérait nécessaire de considérer qu’existaient des agents et des moteurs à la base des processus en œuvre. Enfin, les représentations devaient être tout à la fois fidèles et mobiles.

C’est dans la Communication préliminaire que le terme de refoulement apparaît pour la première fois publiquement sous la plume de Freud : il est désigné comme cause de l’amnésie pathogène, principe explicatif étiologique qui conduit à envisager une méthode thérapeutique mettant en action un mouvement opposé. La pathologie éclaire la normalité, ce qui conduira ultérieurement à concevoir un aspect « normal » du refoulement. Mais, en 1892, le refoulement est encore présenté comme intentionnel et il se distingue mal d’une répression : une représentation apparaît pénible parce qu’inconciliable avec le moi (alors synonyme de conscience), celui-ci la traite comme « non-arrivée » en la refoulant ; ce refoulement, qui est posé comme étant le mécanisme commun à toutes les perturbations psychique, est censé justifier l’aspect psychogène de toute névrose. Commun à l’hystérie, à la névrose obsessionnelle et à la confusion hallucinatoire, il n’engage que la représentation, le destin de l’affect déterminant, lui, la spécificité du trouble : conversion, isolation ou rejet [4][4]Les psychonévroses de défense (1894), in Névrose, psychose et….

Le refoulement, même ainsi conçu comme intentionnel, est bien la première et même la seule notion qui engage Freud vers la découverte de l’inconscient, puisqu’il mène inexorablement à l’idée d’une motivation inconsciente. Il en maintiendra toujours le primat, au travers des avatars que les remaniements de la théorie lui imposeront. Mais toutes ces variations ne seront que le résultat de celles des points de vue dans l’approche d’un processus essentiel et central ; elles convergent et approfondissent, corrigent parfois, confirment toujours. S’il fut d’abord simple description d’un phénomène, le refoulement ne prendra tout son sens qu’en devenant une explication ; cela va engendrer différentes définitions et acceptions de la notion même d’inconscient.

II. Refouler le conflit inconscient

Malgré son refus affirmé de reconnaître une localisation anatomique à l’hystérie, en 1895 Freud voulait encore fonder sa clinique sur des bases neurologiques et physiologiques. Dès l’Esquisse, la recherche d’une explication biologique l’avait engagé dans un amalgame du refoulement avec ce qu’il nommait la « défense primaire », c’est-à-dire le phénomène qui tend à faire disparaître l’investissement d’une image pénible (il lui opposait l’« attraction primaire » qui investit ce qui est agréable) ; le refoulement était ainsi assimilé à un réflexe de défense normal. Demeurait une interrogation sur la nature de cette perte d’investissement. Rapidement, c’est le caractère sexuel de ses représentations qui va permettre de comprendre que le déplaisir lié au souvenir puisse agir comme s’il était encore actuellement réel. Le refoulement rend inconscient. Le mot est jeté ! L’un comme l’autre sont loin d’être des mots nouveaux, mais leur sens va changer.

Face à « l’inconscience » telle qu’en traitent les philosophes, l’inconscient freudien se situe de façon absolument et résolument autre : cette différence essentielle tient tout entière au processus même du refoulement et à ses implications. Il n’est ni un « ailleurs » dissocié, ni une tromperie comme peut l’être la « mauvaise foi » sartrienne (ou autre) ; il constitue un système d’explication globale. L’inconscient, c’est avant tout le refoulé. Freud cherche donc quelles peuvent être la genèse du refoulement et ses causes, il se demande si elles s’apparentent à des facteurs internes ou externes, si pareille alternative doit conduire à s’interroger sur cette différenciation elle-même. Disposant du refoulement comme organisateur d’un inconnu, il devient nécessaire de penser l’âme autrement.

Dès 1896 les notions clés sont en place et les problèmes fondamentaux sont reconnus et posés. Néanmoins, des changements considérables se produiront dans les réponses comme dans les concepts, au fur et à mesure de leurs mises à l’épreuve tant pratiques que théoriques. Le refoulement a conduit à l’inconscient et le spécifie. Il y a rupture, ou plutôt retournement : la conséquence devient le caractère primordial, le chemin de la découverte est écarté au profit de la méthode d’exposition ; mais le projet n’est que suspendu puisque la cure va engendrer des retours et des remaniements continuels.

Pour faire bref disons que, processus inconscient, le refoulement est l’effet d’un conflit qu’il tend à solutionner. Les conséquences dépassent de loin l’intention (et là se distingue la psychanalyse d’une psychologie descriptive) : elles sont de l’ordre d’une « réalité » (le symptôme), de quelque chose qui dépasse aussi bien la conscience que le langage. Ce dépassement rejoint l’infantile, passé révolu d’un point de vue objectif mais non pas subjectif, dans la méconnaissance de l’actualité d’une force ancienne ignorée comme telle. L’efficace réside précisément dans un après-coup ; là se trouve le germe de ce qui sera désigné comme le « point de vue dynamique » en 1915.

Ce premier épisode de la découverte du refoulement et de l’inconscient évacue définitivement l’explication neurophysiologique au profit d’une élaboration proprement psychologique. Lorsque la référence biologique reviendra dans l’œuvre, ce sera après une longue coupure et une véritable rupture qui l’auront véritablement subvertie. Quelles que soient les commodités conceptuelles que permettrait la désignation de quelque lieu, anatomique ou autre, qui localiserait le refoulé, celui-ci ne le sera que par métaphore ; certes, le refoulé est bien réel, mais sa réalité psychique n’est pas plus anatomique que lieu de l’espace physique. Tel est le sens de ce qui va devenir le « point de vue topique ».

Le refoulement est un transfert d’énergie, au sens psychique du terme (et on doit prendre les mêmes distances à l’égard de l’idée d’une énergie physique qu’à celle d’un lieu anatomique). Il est transfert d’une quantité à une autre. Nous avons là le fondement de ce qui sera le « point de vue économique ».

Le retour du refoulé est, en 1896, l’objet d’une recherche qui se poursuivra longtemps mais qui amène déjà de nouveaux développements. A partir de l’idée princeps d’inconscient, qu’il permit de concevoir, le refoulement impose très vite de décrire de nombreux processus, à commencer par celui de l’identification. De même, Freud aboutit alors à le poser comme se trouvant à la source de toute la pathologie mentale. Mais dès ce moment transparaissent des contradictions, se révèlent des points d’oscillations qui se perpétueront significativement tout au long de l’œuvre.

Ainsi, « refoulement » apparaît tantôt comme un terme générique, tantôt comme un terme spécifique. Le refoulement doit tantôt justifier toute la psychanalyse, tantôt surtout définir la névrose hystérique ; tantôt il subsume les défenses, tantôt il est une défense, tantôt il est la défense. Doit-il être réservé à la névrose, ou intervient-il quoi qu’il arrive ? L’extension de la psychanalyse au champ de la psychose le remet-elle en cause ? Le refoulement, le retour du refoulé engagent à une pratique clinique qui vise à la levée du refoulement : cela s’applique-t-il à une pathologie qui dépasse la névrose ? Nous aurons à revenir longuement sur ces questions et ces contradictions dans la suite de ce travail ; indiquons pourtant dès maintenant que, pour Freud, elles ne se détruisent ni ne détruisent le concept de refoulement : elles l’affinent et le font jouer avec plus de richesses et de subtilités, tant il s’avère finalement capable d’assumer et de représenter les contradictions mêmes de la réalité psychique.

La sexualité s’organise en deux temps parce que c’est un souvenir que l’on refoule en après coup, et non pas un événement ; néanmoins, selon les stades de développement de la libido apparaîtront telles ou telles névroses. Freud abandonnera rapidement l’idée de 1896 de lier le refoulement et l’expérience ; il la reprendra pourtant en 1926 lorsqu’il décrira des situations « typiques » de danger.

Nous voilà conduits à nous poser, avec Freud, le problème de la réalité et de la causalité du refoulement ; nous n’en avons pas fini. Selon que les facteurs en cause sont situés comme externes au sujet (morale, éducation, civilisation, séduction) ou comme internes (organiques, pulsionnels), le refoulement est considéré comme évitable et pathologique, ou comme un phénomène normal, et même favorable à la civilisation et à une certaine idée de l’homme — les deux points de vue n’étant d’ailleurs pas incompatibles.

Si ce n’est qu’en passant que Freud évoque en 1898 un « refoulement organique » [5][5]Naissance de la psychanalyse (1887-1902), puf1956, p. 205 à 207. , il en reprendra l’idée dans Malaise dans la civilisation en 1930 pour tenter, une fois de plus, de rendre compte des développements phylogénétique et ontogénétique ; la transformation du plaisir en déplaisir peut être automatique et/ou apprise en fonction de la nature de la libido et des pressions de la civilisation. Tout au long de son œuvre, il oscillera entre ces deux positions, mais il les maintiendra toutes deux avec le souci de conserver tant le refoulement sexuel que le conflit intrapsychique. Pour sa part, Adler fera un sort au refoulement organique, jusqu’à le poser comme étant tout le refoulement et à évacuer ainsi l’inconscient au profit des notions de civilisation et de valorisation individuelle. Contre lui, Freud maintient l’indissociabilité des facteurs internes et externes. Mais il hésitera toujours quant aux prévalences à accorder aux uns ou aux autres ; il oscillera dans la focalisation de son attention sur le refoulé ou sur le refoulant.

Privilégier le refoulant revient à se centrer sur le moi qui produit le refoulement ; il ne saurait pour autant être question d’oublier que ce refoulement résulte de la nature hostile de la pulsion qui suscite le refoulé. A l’époque relativement précoce de sa recherche où nous nous situons, et pendant tout un temps, Freud va se centrer sur le refoulé ; il s’agit d’abord, pour lui, de le « découvrir » dans la cure comme dans la théorie. Il est alors un souvenir ; plus tard, il sera un fantasme, et les données en seront changées : s’agit-il de découvrir, de reconstruire ou de construire ? Quid de la réalité psychique ?

III. Le retour du refoulé et les symptômes

La quête du refoulé et de son contenu va conduire à ces grandes découvertes de la psychanalyse que sont la sexualité infantile et le complexe d’Œdipe. Pour y atteindre, il fallut renverser les propositions existantes : de la même manière que la suggestion dut être reconnue chez le suggestionné, il fallut mettre la séduction chez le séduit et non plus chez le séducteur. On ne saurait donc distinguer, de façon tranchée et en opposition simple, un facteur externe d’un facteur interne puisque le premier n’a d’impact que par l’intervention du second qui confère au premier son pouvoir. Le refoulé n’est plus un simple souvenir, il devient un fantasme, un souhait qui utilise des perceptions mémorisées et y renvoie ; il témoigne du conflit intrapsychique, dont le refoulement est la conséquence tout autant que la solution.

Le symptôme lui apparaît comme un compromis entre le refoulement et le refoulé, un point de coïncidence entre le désir et l’interdit. Si le souhait a pu prendre l’apparence d’un souvenir, c’est qu’il y a eu « falsification ». Mais tout souvenir ne serait-il pas toujours falsifié ? C’est ce que semblerait annoncer son article sur les « Souvenirs-écrans » (1899). Si tout souvenir est falsifié, point n’est besoin de chercher une origine matérielle « réelle » ; il n’en est pas moins nécessaire de reconnaître une origine dans l’histoire personnelle (également fonction, d’ailleurs, des histoires familiales et collectives), ne serait-ce que pour assurer l’identité du sujet comme sa continuité culturelle. Freud sera ainsi conduit à l’idée de « fantasmes originaires », schèmes universels qui rencontrent l’histoire individuelle. Il va continuer de chercher des traces perceptives au plus proche de cet originel et susceptibles d’en témoigner, même s’il pense que le matériau dont les souvenirs sont formés « reste inconnu dans sa forme originaire » ; le refoulé nous conduit à l’inconnaissable, telle est la limite de la cure. (Là se trouve le point de départ de son désaccord avec Ferenczi — et, bien après lui, avec Melanie Klein — qui veut croire que le refoulement originaire est atteignable et connaissable.)

Tout aussi peu saisissable directement apparaît le « refoulement réussi », cet élément essentiel du développement psychique et de la maturation, qu’il soit normal ou pathologique. Freud balancera d’ailleurs toujours à désigner la normalité comme refoulement réussi ou comme destruction du refoulé [6][6]La disparition du complexe d’Œdipe (1923), in La vie sexuelle,…. Pour sa part, la sexualité normale suppose le refoulement de certaines composantes précoces et leurs fixations, la perversion provenant d’un défaut de refoulement [7][7]Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905) Gallimard,… (ce que n’infirmera pas, ultérieurement, sa spécification par une autre organisation et d’autres processus de défense) [8][8]Le fétichisme (1927). in La vie sexuelle, op. cit.. Le refoulement peut cependant constituer en lui-même un phénomène pathologique ayant trait à l’idée (l’affect étant, lui, l’objet d’une répression) ; il concerne toujours le sexuel et renvoie au désir infantile. La notion de censure permet d’expliquer une déformation de la représentation refoulée qui semble bien inéluctable ; le sens à découvrir est donc toujours travesti et ce déguisement inévitable n’est pas sans conséquences : il est l’obstacle majeur à toute découverte, la mise à jour de la vérité passant par la reconnaissance de cette falsification.

Le processus de la cure s’avère ainsi plus complexe que ne le pensait Freud tout au début ; la tâche première demeure bien — et elle le restera jusqu’à nos jours — de retrouver le refoulé, mais elle doit suivre les multiples détours d’associations renvoyant à des connexions de plus en plus compliquées. Avec Dora (1905), cherchant le traumatisme qui dut précéder la « scène du lac », il découvre ainsi qu’il renvoie à des fixations infantiles précoces, à ces « complexes » dont il convient de mettre en évidence les destins individuels, les avatars, déplacements, inversions d’affects, etc.

Le faux conduit au vrai. Ex falso sequitur quodlibet. Le transfert n’est que mésalliance, mensonge, illusion ; il devient pourtant, par un véritable retournement méthodologique, le facteur de vérité le plus puissant qui puisse être utilisé. Le refoulement est un « défaut de traduction » (mais toute traduction est par nature défectueuse) et dans ce défaut se trouve le moyen de la vérité ; il peut alors devenir la théorie de la vie psychique et, cessant d’être une défense pathologique, il peut être théorie de la mémoire — mais quelle mémoire ?

Une première voie de recherche pose que le refoulement est inéluctable ; rien n’est oublié et tout est refoulé, la conservation des souvenirs est totale. Une deuxième hypothèse s’offre alors : le refoulement n’est pas inévitable. L’oublié pourrait ne pas être refoulé, il ne serait pas possible de tout retrouver, la mémoire serait alors relativement autonome. Il y aurait donc deux sortes d’oubli : un oubli « normal », et un oubli par déguisement, « caviardage » et censure.

Pour Adler, le refoulement est et restera une énigme ; il l’estime inapte à rendre compte de la névrose dont la base reste à trouver. En désaccord avec la notion de « constitution sexuelle innée » de Freud, il met d’un côté le corps et ses organes, de l’autre le moi et ses fonctions logiques : entre les deux, il ne trouve point de place pour la libido.

Il va alors glisser vers l’idée qu’il y aurait un refoulement unique et qu’il serait organique, fondé sur une infériorité d’organe réelle que le sujet cherche à masquer et à compenser intellectuellement (de là viennent les notions de « surcompensation » et de « protestation virile »). Ainsi, petit à petit, il transforme le sens du refoulement, en atténue le rôle, en réduit la portée ; il le fait coïncider avec une mémoire déformée, une fiction, un « interjeu ». Non seulement il lui retire son caractère central dans la psychanalyse, mais il en fait un « petit fragment moyen dans l’action de protestation masculine » [9][9]Minutes de la Société psychanalytique de Vienne Gallimard,…. Dans les discussions, il lui est vivement reproché de faire du refoulement une attitude, positive en soi, et de considérer l’angoisse comme une donnée brute, une réalité immédiate plutôt que comme la conséquence d’un désir refoulé. Une telle conception suppose un renversement des priorités ; elle se pose comme un refus de la notion de conflit intrapsychique. Adler ne veut connaître que le manifeste et la conscience ; son refus du refoulement sexuel le conduit à se satisfaire d’une psychologie de surface où, « pour le plaisir, le sujet falsifie les faits du monde extérieur jusqu’à l’exclusion totale » [10][10]A. Adler , Le sens de la vie, (1933), p. 110.. Refusant le refoulement au sens freudien, il ne peut sortir des alternatives nature/culture, biologie/éducation, individuel/collectif. Cherchant un substrat biologique à la névrose, il transforma le refoulement en une simple répression.

Ces discussions et ces oppositions ont amené Freud à préciser et à affiner sa pensée. Ainsi introduit-il en 1910 (contre Jung, dans Un trouble psychogène de la vision, mais en reprenant une idée présente dès les Trois essais de 1905) des « pulsions du moi qui ont pour but l’auto-conservation » s’opposant aux pulsions sexuelles tout en étayant leur développement ; ce conflit est à la source de refoulements capables d’atteindre même une fonction vitale. Mais, comme on le sait, cette opposition va évoluer au fil des remaniements de la théorie des pulsions, la place des pulsions du moi se modifiant pour s’ancrer dans le champ libidinal : « Les pulsions, opposées l’une à l’autre, de conservation de soi et de conservation de l’espèce, ainsi que l’autre opposition entre amour du moi et amour d’objet, entrent encore dans le cadre de l’Eros. » [11][11]Abrégé de psychanalyse (1938),puf, 1967, p. 8.

Comme le refoulement, le retour du refoulé peut être différencié en fonction des différentes névroses ; son étude va conduire à modifier la théorie même du refoulement. Dans La Gradiva (1907), il se voit attribuer un rôle majeur : il est suscité par l’abaissement du contre-investissement et la montée de la pulsion (pouvant être facilitée par des facteurs externes) sans que cependant le refoulé, même s’il est capable d’action, puisse remonter de lui-même à la surface. Une hypothèse est alors avancée pour expliquer le « mécanisme vraiment merveilleux de ce retour du refoulé : ce qui, justement, servait à refouler, devient l’agent du retour du refoulé ; dans et derrière l’instance refoulante, le refoulé finit par s’affirmer triomphalement » [12][12]Délire et rêve dans la Gradiva de Jensen (1907), Gallimard,…. Pour ingénieuse qu’elle soit, cette explication n’en devra pas moins être remaniée dès 1909 : s’il est bien vrai que « ce qui doit être refoulé arrive, avec le temps, régulièrement à pénétrer dans ce qui le refoule » [13][13]Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux… , il le fait par une voie entièrement nouvelle. Il faut renoncer à l’idée que ça revient comme c’est venu : « Le mécanisme du retour ne dépend pas de celui du refoulement… J’avais supposé, à tort, que le mécanisme était le même […]. Le mécanisme du retour dépend du développement du moi, et celui du refoulement de la phase libidinale » [14][14]S. Freud , Lettre à Ferenczi du 6 décembre 1910, (citée par E.…. Ceci sera exploité dans « Le président Schreber » (1911), puis systématisé dans la Métapsychologie (1915). L’indestructibilité du refoulé est alors réaffirmée ; pour la réexaminer, il faudra d’abord réélaborer la métapsychologie elle-même. Comment faire changer l’indestructible ? Telle sera la butée de la deuxième topique.

Il devient nécessaire de distinguer différentes phases dans le processus de refoulement : fixation, refoulement proprement dit, et enfin retour du refoulé qui se produit au point de fixation lui-même ; le problème réside, précisément, dans l’articulation du refoulement et du retour du refoulé, comme de leurs différences. Insistons là-dessus : le refoulement a une genèse et il est orienté, le refoulé ne revenant pas selon les voies prises par le refoulement.

La cure, avec sa technique, va donc se complexifier davantage en fonction directe de l’approfondissement de la théorie du refoulement. Il s’agit maintenant de travailler sur les transformations du refoulé, ou plutôt de ses rejetons. Mais déjà se profilent des signes témoignant d’une résistance fondamentale au changement ; elle sera reconnue plus tard comme la compulsion de répétition.

Notes

[1]Verdrängung peut être traduit par : déplacement, éviction, supplantation, délogement, suppression et refoulement.
[2]Ma vie et la psychanalyse (1925), Gallimard, « Idées », 1968, p. 13.

[3]Cf. E. Jones , La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, t. I, puf, 1958.

[4]Les psychonévroses de défense (1894), in Névrose, psychose et perversion, puf, 1973.

[5]Naissance de la psychanalyse (1887-1902), puf1956, p. 205 à 207.

[6]La disparition du complexe d’Œdipe (1923), in La vie sexuelle, puf, 1969.

[7]Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905) Gallimard, 1968.

[8]Le fétichisme (1927). in La vie sexuelle, op. cit.

[9]Minutes de la Société psychanalytique de Vienne Gallimard, 1979, t. III, p. 155, (séance du 1er février 1911)

[10]A. Adler , Le sens de la vie, (1933), p. 110.

[11]Abrégé de psychanalyse (1938),puf, 1967, p. 8.

[12]Délire et rêve dans la Gradiva de Jensen (1907), Gallimard, 1971, p. 164.

[13]Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux rats) (1909), in Cinq psychanalyses, puf, 1970, p. 246.

[14]S. Freud , Lettre à Ferenczi du 6 décembre 1910, (citée par E. Jones, in La vie et l’œuvre de S. Freud puf, 1961, t. II, p. 472)

focaliser notre attention sur les observations et les déduc-tions qui menèrent à sa reconnaissance et à sa désigna-tion, à l’établissement de ses rapports et des processus qui l’organisent et qu’il organise. Quatre phases principales apparaissent dans le déve-loppement de l’idée : — jusqu’en 1895 : Freud, partant de ce qu’il appelle la « volonté d’oublier », aboutit à la « motivation in-consciente » ; — de 1895 à 1910 : avec les découvertes de la sexualité infantile et du complexe d’Œdipe, le refoulement de-vient le moteur du fonctionnement psychique « ordi-naire » ; — de 1911 à 1919 : la nécessité de construire une théorie de l’appareil psychique et de l’ancrer dans l’histoire individuelle conduit au « refoulement originaire » et à la « métapsychologie » ; — de 1920 à 1939 : les problèmes, tels que les posent les difficultés rencontrées dans certaines élaborations théoriques du refoulement et dans la pratique de la cure, conduisent à la nouvelle dualité pulsionnelle et à une réélaboration de la métapsychologie (le plus géné-ralement repérée par sa nouvelle « topique ») : le re-foulement devient alors un « mécanisme de défense » parmi d’autres, tout en demeurant un « processus à part » ; il ne perd en rien sa place et sa fonction cen-trale dans la praxis psychanalytique. I. — De l’oubli au refoulement « J’étais plutôt mû — disait Freud — par une sorte de soif de savoir, mais qui portait plus sur ce qui touche les relations humaines que sur les projets propres aux sciences naturelles, soif de savoir qui n’avait d’ailleurs pas encore reconnu la valeur de l’observation comme moyen principal de se satisfaire. »l En ce temps, l’hystérie appa-1. Ma vie et la psychanalyse (1925), Gallimard, « Idées », 1968, p. 13. 8 raissait comme l’« affection psychique » la plus commune, mais aussi la plus difficilement compréhensi-ble. Pratiquant l’hypnose avec Breuer, il s’aperçut que les sujets évoquaient et revivaient des souvenirs qu’ils avaient totalement oubliés à l’état de veille ; de surcroît, il ob-serva que le surgissement de ces souvenirs faisait disparaî-tre les symptômes… Il en conclut que l’oubli était actif et pathogène et que la guérison devait provenir du rappel et de l’« abréaction » des souvenirs traumatiques ; l’ab-sence d’abréaction devenait alors responsable des produc-tions pathologiques. Cherchant les causes du phénomène, il isola la « nature du souvenir », la « situation sociale » ou,last but not least,l’intention du sujet de chasser, de repousser, de re-fouler l’idée désagréable. Le refoulement donc — ce terme que lui proposait le langage courant — devait bientôt connaître un exceptionnel destin : non seulement il allait faire retour à la langue populaire en déviant son sens, mais il allait devenir, comme on le sait, l’un des « quatre concepts majeurs » de la nouvelle discipline. La psycha-nalyse venait de naître au travers de l’idée portée par ce mot « évident » pour qualifier un processus apparaissant comme le plus inexplicable. Si l’intention prêtée au « malade » était bien d’oublier, les conséquences de cet oubli se trouvaient largement dé-passer son projet ; il devenait légitime d’envisager que ce qui était oublié ne disparaissait pas pour autant mais constituait un « second groupe psychique » séparé du « groupe majoritaire » des représentations. Le psychisme se trouve dès lors dissocié, l’idée désagréable étant relé-guée « ailleurs », bloquant ainsi toute décharge de l’émo-tion pénible qui s’y trouve associée. Tout se passe comme si le symptôme apparaissait à la place du souvenir ; comme si le symptôme était, en et par lui-même, une manière de se remémorer : « L’hystérique souffre de rémi-niscence. » Mais Freud remarque en outre que ce mauvais souve-nir oublié se trouve être toujours de nature sexuelle. Nous sommes alors dans la dernière décennie du XIXe siècle et, à 9 partir de constatations médicales tellement banales, abou-tir à des conclusions aussi extraordinaires, ne peut être qu’extrêmement choquant — et peut-être plus encore par la démarche intellectuelle mise en œuvre que pour des considérations morales. Comment Freud, ce chercheur rompu à la rigueur des sciences expérimentales et à la pratique austère des laboratoires de biologies, avait-il pu en arriver là ? Il était donc familier des expérimentations de labora-toires subtiles, ingénieuses et minutieuses. Sa culture per-sonnelle comme son insertion dans une tradition philoso-phique lui avaient donné la « passion de la vérité ». Enfin, une pratique clinique de circonstances vint lui imposer l’objet de sa quête et lui en proposer les moyens. En ce temps se querellaient fort les partisans d’une nature constitutionnelle de la sexualité avec ceux qui pen-chaient pour son caractère acquis. Freud sut dépasser cette alternative en opposant et en liant la prédisposition (qui reprend autrement l’idée de constitution) à une part acquise (associée à un aspect spécifique de la sexualité qu’il devait découvrir) ; la question demeurait pourtant de savoir comment fonctionnait ce rapport : le refou-lement allait fournir une réponse. Freud fut toujours animé par un désir de comprendre, mû par un besoin d’agir, de « faire quelque chose »1. L’hypnose, qu’il prati-quait avec Breuer, leur avait livré l’une des clés du mys-tère de l’hystérie. Le constat de la reviviscence des souvenirs sous hyp-nose lui permit d’envisager qu’une représentation refoulée puisse conserver une trace de ce qui avait été oublié ; puis il forma l’hypothèse qu’un sens propre pouvait être atta-ché à la résistance au souvenir, ce corrélat à un refoule-ment encore considéré comme intentionnel. Tout ceci le conduisit à cesser d’obliger ses patients à se souvenir. Il put ainsi émettre l’hypothèse, dès 1888, que la suggestion n’est pas tout à fait une influence, que son efficience tient à ce qu’une idée est acceptée par le sujet comme si elle 1. Cf. E. Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, t. I, PUF, 1958. 10 était sienne ; c’était dire que toute suggestion est autosug-gestion. L’intérêt se déplace alors sur ces désirs cachés et surtout sur les raisons de leur dissimulation, sur la résis-tance à leur remémoration. Par aménagements successifs de sa technique, Freud en arrive à proposer au patient de dire simplement ce qui lui vient à l’esprit. Les notions de résistance et de transfert apparaissent donc très tôt. Mais la véritable découverte ne réside pas tel-lement dans leur prise en considération en eux-mêmes, que dans leur reconnaissance comme production du refoule-ment ; elle est aussi dans la méthode qui en découle : de ce qui se pose comme obstacle, faire un nouveau moyen de connaissance. Ainsi, l’hypnose s’avérant inefficace, elle est remplacée par latalking cure (comme disait justement Anna O.) : les souvenirs n’ont plus à être retrouvés directe-ment, ils le seront indirectement, au travers d’une résis-tance qui fournit l’accès au refoulement. Pour en arriver là, encore fallait-il se sentir assuré de la validité de ce qui reve-nait à la conscience ; il devenait indispensable de postuler que ce qui était fixé dans la mémoire y demeurait inchan-geable (l’image d’une « inscription » paraissait même s’im-poser). De même, il s’avérait nécessaire de considérer qu’existaient des agents et des moteurs à la base des proces-sus en œuvre. Enfin, les représentations devaient être tout à la fois fidèles et mobiles. C’est dans la Communication préliminaire que le terme de refoulement apparaît pour la première fois publique-ment sous la plume de Freud : il est désigné comme cause de l’amnésie pathogène, principe explicatif étiologique qui conduit à envisager une méthode thérapeutique mettant en action un mouvement opposé. La pathologie éclaire la normalité, ce qui conduira ultérieurement à concevoir un aspect « normal » du refoulement. Mais, en 1892, le refoulement est encore présenté comme intentionnel et il se distingue mal d’une répression : une représentation apparaît pénible parce qu’inconciliable avec le moi (alors synonyme de conscience), celui-ci la traite comme « non-arrivée » en la refoulant ; ce refoulement, qui est posé comme étant le mécanisme commun à toutes les pertur-11 bations psychique, est censé justifier l’aspect psychogène de toute névrose. Commun à l’hystérie, à la névrose ob-sessionnelle et à la confusion hallucinatoire, il n’engage que la représentation, le destin de l’affect déterminant, lui, la spécificité du trouble : conversion, isolation ou rejet1. Le refoulement, même ainsi conçu comme intentionnel, est bien la première et même la seule notion qui engage Freud vers la découverte de l’inconscient, puisqu’il mène inexorablement à l’idée d’une motivation inconsciente. Il en maintiendra toujours le primat, au travers des avatars que les remaniements de la théorie lui imposeront. Mais toutes ces variations ne seront que le résultat de celles des points de vue dans l’approche d’un processus essentiel et central ; elles convergent et approfondissent, corrigent parfois, confirment toujours. S’il fut d’abord simple des-cription d’un phénomène, le refoulement ne prendra tout son sens qu’en devenant une explication ; cela va engen-drer différentes définitions et acceptions de la notion même d’inconscient. II. — Refouler le conflit inconscient Malgré son refus affirmé de reconnaître une localisa-tion anatomique à l’hystérie, en 1895 Freud voulait en-core fonder sa clinique sur des bases neurologiques et physiologiques. Dès l’Esquisse, la recherche d’une expli-cation biologique l’avait engagé dans un amalgame du re-foulement avec ce qu’il nommait la « défense primaire », c’est-à-dire le phénomène qui tend à faire disparaître l’investissement d’une image pénible (il lui opposait l’« attraction primaire » qui investit ce qui est agréable) ; le refoulement était ainsi assimilé à un réflexe de défense normal. Demeurait une interrogation sur la nature de cette perte d’investissement. Rapidement, c’est le carac-tère sexuel de ses représentations qui va permettre de comprendre que le déplaisir lié au souvenir puisse agir 1. Les psychonévroses de défense (1894), in Névrose, psychose et per-version, PUF, 1973. 12 cessus de défense)1. Le refoulement peut cependant consti-tuer en lui-même un phénomène pathologique ayant trait à l’idée (l’affect étant, lui, l’objet d’une répression) ; il concerne toujours le sexuel et renvoie au désir infantile. La notion de censure permet d’expliquer une déformation de la représentation refoulée qui semble bien inéluctable ; le sens à découvrir est donc toujours travesti et ce dégui-sement inévitable n’est pas sans conséquences : il est l’obstacle majeur à toute découverte, la mise à jour de la vérité passant par la reconnaissance de cette falsification. Le processus de la cure s’avère ainsi plus complexe que ne le pensait Freud tout au début ; la tâche première demeure bien — et elle le restera jusqu’à nos jours — de retrouver le refoulé, mais elle doit suivre les multiples dé-tours d’associations renvoyant à des connexions de plus en plus compliquées. Avec Dora (1905), cherchant le trau-matisme qui dut précéder la « scène du lac », il découvre ainsi qu’il renvoie à des fixations infantiles précoces, à ces « complexes » dont il convient de mettre en évidence les destins individuels, les avatars, déplacements, inversions d’affects, etc. Le faux conduit au vrai. Ex falso sequitur quodlibet. Le transfert n’est que mésalliance, mensonge, illusion ; il de-vient pourtant, par un véritable retournement méthodo-logique, le facteur de vérité le plus puissant qui puisse être utilisé. Le refoulement est un « défaut de traduction » (mais toute traduction est par nature défectueuse) et dans ce défaut se trouve le moyen de la vérité ; il peut alors de-venir la théorie de la vie psychique et, cessant d’être une défense pathologique, il peut être théorie de la mémoire — mais quelle mémoire ? Une première voie de recherche pose que le refoule-ment est inéluctable ; rien n’est oublié et tout est refoulé, la conservation des souvenirs est totale. Une deuxième hypothèse s’offre alors : le refoulement n’est pas inévita-ble. L’oublié pourrait ne pas être refoulé, il ne serait pas possible de tout retrouver, la mémoire serait alors relati-1. Le fétichisme (1927), in La vie sexuelle, op. cit. 18 vement autonome. Il y aurait donc deux sortes d’oubli : un oubli « normal », et un oubli par déguisement, « ca-viardage » et censure. Pour Adler, le refoulement est et restera une énigme ; il l’estime inapte à rendre compte de la névrose dont la base reste à trouver. En désaccord avec la notion de « consti-tution sexuelle innée » de Freud, il met d’un côté le corps et ses organes, de l’autre le moi et ses fonctions logiques : entre les deux, il ne trouve point de place pour la libido. Il va alors glisser vers l’idée qu’il y aurait un refoule-ment unique et qu’il serait organique, fondé sur une infé-riorité d’organe réelle que le sujet cherche à masquer et à compenser intellectuellement (de là viennent les notions de « surcompensation » et de « protestation virile »). Ainsi, petit à petit, il transforme le sens du refoulement, en atténue le rôle, en réduit la portée ; il le fait coïncider avec une mémoire déformée, une fiction, un « interjeu ». Non seulement il lui retire son caractère central dans la psychanalyse, mais il en fait un « petit fragment moyen dans l’action de protestation masculine »1. Dans les dis-cussions, il lui est vivement reproché de faire du refoule-ment une attitude, positive en soi, et de considérer l’an-goisse comme une donnée brute, une réalité immédiate plutôt que comme la conséquence d’un désir refoulé. Une telle conception suppose un renversement des priorités ; elle se pose comme un refus de la notion de conflit intra-psychique. Adler ne veut connaître que le manifeste et la conscience ; son refus du refoulement sexuel le conduit à se satisfaire d’une psychologie de surface où, « pour le plaisir, le sujet falsifie les faits du monde extérieur jusqu’à l’exclusion totale »2. Refusant le refoulement au sens freu-dien, il ne peut sortir des alternatives nature/culture, bio-logie/éducation, individuel/collectif. Cherchant un subs-trat biologique à la névrose, il transforma le refoulement en une simple répression. 1. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, Gallimard, 1979, t. III, p. 155 (séance du 1er février 1911). 2. A. Adler, Le sens de la vie (1933), p. 110. 19 Ces discussions et ces oppositions ont amené Freud à préciser et à affiner sa pensée. Ainsi introduit-il en 1910 (contre Jung, dans Un trouble psychogène de la vision, mais en reprenant une idée présente dès les Trois essais de 1905) des « pulsions du moi qui ont pour but l’auto-conservation » s’opposant aux pulsions sexuelles tout en étayant leur développement ; ce conflit est à la source de refoulements capables d’atteindre même une fonction vitale. Mais, comme on le sait, cette opposition va évo-luer au fil des remaniements de la théorie des pulsions, la place des pulsions du moi se modifiant pour s’ancrer dans le champ libidinal : « Les pulsions, opposées l’une à l’au-tre, de conservation de soi et de conservation de l’espèce, ainsi que l’autre opposition entre amour du moi et amour d’objet, entrent encore dans le cadre de l’Eros. »1 Comme le refoulement, le retour du refoulé peut être différencié en fonction des différentes névroses ; son étude va conduire à modifier la théorie même du refoulement. Dans La Gradiva (1907), il se voit attribuer un rôle ma-jeur : il est suscité par l’abaissement du contre-investisse-ment et la montée de la pulsion (pouvant être facilitée par des facteurs externes) sans que cependant le refoulé, même s’il est capable d’action, puisse remonter de lui-même à la surface. Une hypothèse est alors avancée pour expliquer le « mécanisme vraiment merveilleux de ce retour du refoulé : ce qui, justement, servait à refouler, devient l’agent du retour du refoulé ; dans et derrière l’instance refoulante, le refoulé finit par s’affirmer triom-phalement »2. Pour ingénieuse qu’elle soit, cette explica-tion n’en devra pas moins être remaniée dès 1909 : s’il est bien vrai que « ce qui doit être refoulé arrive, avec le temps, régulièrement à pénétrer dans ce qui le refoule »3, il le fait par une voie entièrement nouvelle. Il faut renon-cer à l’idée que ça revient comme c’est venu : « Le méca-1. Abrégé de psychanalyse (1938), PUF, 1967, p. 8. 2. Délire et rêve dans la Gradiva de Jensen(1907), Gallimard, 1971, p. 164. 3. Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (l’homme aux rats) (1909), in Cinq psychanalyses, PUF, 1970, p. 246. 20 nisme du retour ne dépend pas de celui du refoulement… J’avais supposé, à tort, que le mécanisme était le même […]. Le mécanisme du retour dépend du développe-ment du moi, et celui du refoulement de la phase libidi-nale »1. Ceci sera exploité dans « Le président Schreber » (1911), puis systématisé dans la Métapsychologie (1915). L’indestructibilité du refoulé est alors réaffirmée ; pour la réexaminer, il faudra d’abord réélaborer la métapsycholo-gie elle-même. Comment faire changer l’indestructible ? Telle sera la butée de la deuxième topique. Il devient nécessaire de distinguer différentes phases dans le processus de refoulement : fixation, refoulement proprement dit, et enfin retour du refoulé qui se produit au point de fixation lui-même ; le problème réside, préci-sément, dans l’articulation du refoulement et du retour du refoulé, comme de leurs différences. Insistons là-dessus : le refoulement a une genèse et il est orienté, le refoulé ne revenant pas selon les voies prises par le refoulement. La cure, avec sa technique, va donc se complexifier da-vantage en fonction directe de l’approfondissement de la théorie du refoulement. Il s’agit maintenant de travailler sur les transformations du refoulé, ou plutôt de ses reje-tons. Mais déjà se profilent des signes témoignant d’une résistance fondamentale au changement ; elle sera re-connue plus tard comme la compulsion de répétition.

Quelques définitions de psychologie du développement

L’assimilation est le processus par lequel une réalité extérieure est intégrée à un schème. Pour Piaget, le processus d’assimilation est la condition de toute appréhension, par les systèmes cognitifs ou les schèmes, des réalités auxquelles ils sont confrontés ou avec lesquelles ils entrent en interaction.

Du point de vue de l’observateur qui l’étudie, toute activité cognitive est en effet une mise en relation d’un sujet avec un objet (au sens large qui inclut autrui) au cours de laquelle le premier peut chercher à reconnaître, à transformer, à expliquer ou à comprendre le second, ce qui ne peut se faire que par l’intermédiaire de notions et de savoir-faire intellectuels préalables (classifications, mises en relation, etc.), qui servent de cadres d’assimilation de l’objet considéré. Il ne saurait donc y avoir de saisie pure de ce qui s’offre au sujet, ce qui est appréhendé par quelque canal sensoriel que ce soit recevant forcément l’empreinte du cadre cognitif utilisé lors de sa saisie. Comme son nom l’indique, l’assimilation revient à transformer l’autre en même, ce processus pouvant être accompagné de son contraire, l’accommodation ou la transformation du cadre d’assimilation en raison des limitations ou des obstacles qu’il rencontre.

Illustration : lorsqu’un enfant apprend le mot « chien » pour chien, il commence à appeler tous les animaux à quatre pattes « chiens ». C’est une manifestation de l’assimilation car l’enfant assimile les objets par leur ressemblance, il transforme tout ce qui a par exemple 4 pattes, des poils et une queue en « même » qu’un chien.

L’accommodation est l’activité par laquelle un organisme ou un schème est modifié ou se transforme en vue de s’ajuster à un milieu ou à un objet. En ce sens, elle résulte forcément d’une activité préalable ou d’un début d’assimilation de ce milieu ou de cet objet par l’organisme ou par le schème, activité qui ne peut alors aboutir sans une telle accommodation.

Illustration : les gens autour de cet enfant diront « non, ce n’est pas un chien, c’est un chat ». C’est une manifestation de l’accommodation car cette expérience va pousser l’enfant à modifier son schéma du chien pour le restreindre à certains animaux à quatre pattes seulement.

Chez Piaget, l’égocentrisme désigne principalement un trait du fonctionnement cognitif de l’enfant intervenant à chacun des paliers de développement de l’intelligence (le sensori-moteur, la pensée concrète, la pensée formelle). L’enfant, qui n’a pas encore coordonné ses actions ou ses pré-opérations en des systèmes réversibles, ne considère son objet que d’un seul point de vue, ce qui peut avoir pour effet d’entraîner des erreurs de jugement. Cette conception s’étend à l’égocentrisme cognitif dans le comportement intersubjectif, et il a des effets sur le développement moral de l’enfant.

On retrouve plus généralement cette caractéristique dans toute microgenèse cognitive. L’enfant, qui sur l’un ou l’autre de ces différents plans n’a pas encore regroupé et coordonné ses actions ou ses préopérations en des systèmes cohérents leur assurant réversibilité et associativité, ne parvient à considérer les objets matériels ou de pensée que dans la perspective des schèmes non – ou insuffisamment – coordonnés auxquels ces objets sont assimilés. La centration sur un seul point de vue s’accompagne alors d’une absence d’objectivité par rapport à la réalité considérée, et donc d’un subjectivisme que résume la notion d’égocentrisme. Cette conception s’étend sans autre à l’égocentrisme cognitif que l’on peut constater dans les comportements inter-subjectifs: dans la mesure où l’enfant ne parvient pas, sur un certain plan, à coordonner les actions ou pré-opérations qu’il peut tour à tour engager par rapport à un objet, ni davantage les notions et les représentations qui leur sont liées, il ne saurait non plus coordonner ses actions et celles d’autrui, ni ses représentations et celles d’autrui. L’égocentrisme cognitif peut être également l’une des raisons de l’égocentrisme moral (l’égocentrisme intellectuel intervenant dans des échanges intersubjectifs entraîne forcément un égocentrisme moral dans ces échanges; mais tout égocentrisme moral n’est pas forcément basé sur une incapacité de coordonner intellectuellement les points de vue en jeu).

Illustration : les enfants qui jouent à cache-cache se cachent fréquemment dans des endroits desquels ils ne voient pas les autres mais qui les laissent visibles aux yeux d’autrui (par exemple : derrière le rideau avec les pieds qui dépassent par-dessous ou simplement se cacher les yeux). C’est une manifestation de l’égocentrisme car l’enfant ne peut pas concevoir que les autres le voient si lui ne voit pas les autres.

Qu’est-ce que la thérapie systémique ?

La thérapie systémique aborde l’individu en prenant en considération les interactions qu’il nourrit et qui le nourrissent et, de manière plus globale, le ou les systèmes dans lesquels il évolue. Le symptôme présenté par l’individu est considéré comme le signe et la résultante du dysfonctionnement du système dans sa globalité et non comme un dysfonctionnement de l’individu lui-même pris isolément. L’individu portant le symptôme est en réalité l’élément le plus souple et malléable du système et donc l’élément qui supporte les contraintes du dysfonctionnement et qui doit s’adapter pour que le système conserve malgré tout son équilibre. En effet, tout système tend à conserver son homéostasie, c’est-à-dire l’équilibre qui lui permet de continuer à fonctionner de manière optimale. Tant que le système est fonctionnel, tous les membres se sentent bien ; dès lors qu’il devient dysfonctionnel, le ou les symptômes apparaissent.

Mais que faire alors et sur quel membre du système agir pour soulager l’individu de son symptôme et trouver ou retrouver un fonctionnement sain ? Si l’on considère que toute relation est un échange, toute communication, qu’elle soit verbale ou non verbale, implique un émetteur et un récepteur. Ce qui est émis et la façon de l’émettre va avoir une incidence sur la façon dont le récepteur va recevoir cette communication et dont il va réagir. Le récepteur devenant émetteur à son tour influencera aussi la relation… et ainsi de suite. On voit donc qu’il est possible d’agir à différents niveaux pour modifier la dynamique relationnelle… Souvent, l’action sera amorcée via l’individu le plus concerné et le plus malléable, c’est-à-dire le porteur du symptôme. Mais parfois, c’est à un autre niveau qu’il faudra agir, soit via un autre membre, soit via plusieurs membres, soit en mettant tout le système à contribution.

Qu’est ce qu’une thérapie brève ?

Les thérapies brèves sont, comme leur nom l’indique, des thérapies dont la durée est relativement courte c’est-à-dire que des résultats peuvent être obtenus en un nombre limité de séances.

En effet, elles sont centrées sur l’objectif et la recherche de solutions et non sur les causes ; sur le « comment » et non sur le « pourquoi ». Elles portent le postulat qu’il n’est pas nécessaire de connaître la cause du problème pour le résoudre et que connaître la cause ne résous pas forcément le problème.

Il existe différentes thérapies brèves : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), les thérapies centrées sur le problème, les thérapies orientées solutions, la programmation neuro-linguistique (PNL), les thérapies systémiques, l’hypnothérapie,…

Mais si elles sont dites « brèves », c’est bien parce qu’elles ne sont pas « instantanées » et elles requièrent un véritable engagement, une vraie motivation au changement et à la résolution du problème…

Etes-vous réellement prêts ?