L’assimilation est le processus par lequel une réalité extérieure est intégrée à un schème. Pour Piaget, le processus d’assimilation est la condition de toute appréhension, par les systèmes cognitifs ou les schèmes, des réalités auxquelles ils sont confrontés ou avec lesquelles ils entrent en interaction.
Du point de vue de l’observateur qui l’étudie, toute activité cognitive est en effet une mise en relation d’un sujet avec un objet (au sens large qui inclut autrui) au cours de laquelle le premier peut chercher à reconnaître, à transformer, à expliquer ou à comprendre le second, ce qui ne peut se faire que par l’intermédiaire de notions et de savoir-faire intellectuels préalables (classifications, mises en relation, etc.), qui servent de cadres d’assimilation de l’objet considéré. Il ne saurait donc y avoir de saisie pure de ce qui s’offre au sujet, ce qui est appréhendé par quelque canal sensoriel que ce soit recevant forcément l’empreinte du cadre cognitif utilisé lors de sa saisie. Comme son nom l’indique, l’assimilation revient à transformer l’autre en même, ce processus pouvant être accompagné de son contraire, l’accommodation ou la transformation du cadre d’assimilation en raison des limitations ou des obstacles qu’il rencontre.
Illustration : lorsqu’un enfant apprend le mot « chien » pour chien, il commence à appeler tous les animaux à quatre pattes « chiens ». C’est une manifestation de l’assimilation car l’enfant assimile les objets par leur ressemblance, il transforme tout ce qui a par exemple 4 pattes, des poils et une queue en « même » qu’un chien.
L’accommodation est l’activité par laquelle un organisme ou un schème est modifié ou se transforme en vue de s’ajuster à un milieu ou à un objet. En ce sens, elle résulte forcément d’une activité préalable ou d’un début d’assimilation de ce milieu ou de cet objet par l’organisme ou par le schème, activité qui ne peut alors aboutir sans une telle accommodation.
Illustration : les gens autour de cet enfant diront « non, ce n’est pas un chien, c’est un chat ». C’est une manifestation de l’accommodation car cette expérience va pousser l’enfant à modifier son schéma du chien pour le restreindre à certains animaux à quatre pattes seulement.
Chez Piaget, l’égocentrisme désigne principalement un trait du fonctionnement cognitif de l’enfant intervenant à chacun des paliers de développement de l’intelligence (le sensori-moteur, la pensée concrète, la pensée formelle). L’enfant, qui n’a pas encore coordonné ses actions ou ses pré-opérations en des systèmes réversibles, ne considère son objet que d’un seul point de vue, ce qui peut avoir pour effet d’entraîner des erreurs de jugement. Cette conception s’étend à l’égocentrisme cognitif dans le comportement intersubjectif, et il a des effets sur le développement moral de l’enfant.
On retrouve plus généralement cette caractéristique dans toute microgenèse cognitive. L’enfant, qui sur l’un ou l’autre de ces différents plans n’a pas encore regroupé et coordonné ses actions ou ses préopérations en des systèmes cohérents leur assurant réversibilité et associativité, ne parvient à considérer les objets matériels ou de pensée que dans la perspective des schèmes non – ou insuffisamment – coordonnés auxquels ces objets sont assimilés. La centration sur un seul point de vue s’accompagne alors d’une absence d’objectivité par rapport à la réalité considérée, et donc d’un subjectivisme que résume la notion d’égocentrisme. Cette conception s’étend sans autre à l’égocentrisme cognitif que l’on peut constater dans les comportements inter-subjectifs: dans la mesure où l’enfant ne parvient pas, sur un certain plan, à coordonner les actions ou pré-opérations qu’il peut tour à tour engager par rapport à un objet, ni davantage les notions et les représentations qui leur sont liées, il ne saurait non plus coordonner ses actions et celles d’autrui, ni ses représentations et celles d’autrui. L’égocentrisme cognitif peut être également l’une des raisons de l’égocentrisme moral (l’égocentrisme intellectuel intervenant dans des échanges intersubjectifs entraîne forcément un égocentrisme moral dans ces échanges; mais tout égocentrisme moral n’est pas forcément basé sur une incapacité de coordonner intellectuellement les points de vue en jeu).
Illustration : les enfants qui jouent à cache-cache se cachent fréquemment dans des endroits desquels ils ne voient pas les autres mais qui les laissent visibles aux yeux d’autrui (par exemple : derrière le rideau avec les pieds qui dépassent par-dessous ou simplement se cacher les yeux). C’est une manifestation de l’égocentrisme car l’enfant ne peut pas concevoir que les autres le voient si lui ne voit pas les autres.